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Nice-Matin

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dimanche 18 mai 2008

Penelope Cruz console Woody Allen

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Même quand elle n'est pas là, elle brille. Mais ce coup-ci, c'est par son absence. Un gros caprice de star, mal digéré par les producteurs, a privé hier Woody Allen de la présence de sa muse. Scarlett Johansson n'est pas venue défendre Vicky Cristina Barcelona à Cannes. Woody est triste. On verse une larme avec lui. La nouvelle Marilyn ne nous fera donc pas de « pou pou pi dou » sur le tapis rouge. Tristesse... si passagère pourtant. Car sans sa blonde égérie, Woody a fait un malheur. On rit enfin sur la Croisette, et c'est grâce à lui. Avec ses airs de ne pas y toucher, sa nouvelle comédie légère, bâtie autour du fantasme des fantasmes masculin - le ménage à trois - a déridé un Festival plombé entre une histoire d'épidémie de cécité - Blindness en ouverture - et un documentaire d'animation Valse avec Bashir qui, pour être magistral, n'incite pas à la débauche des zygomatiques.

Merci, Monsieur Allen ! "Pas de quoi", semble riposter la maître. Comme s'il n'y était pour rien : « Je suis près à travailler n'importe où. Sauf en Russie. La dernière fois que j'y suis allé, j'ai sommé mon agent au bout de deux heures de me rapatrier sur le champ n'importe où hors de ce pays. Mais là, un beau matin, j'ai reçu un coup de fil d'un monsieur. Il parlait espagnol. Il me proposait de l'argent pour financer un film dès lors que j'acceptais de le tourner à Barcelone. Je m'y voyais bien y passer un mois avec ma famille... d'autant qu'en plus il n'y faisait pas trop chaud. »

Faut-il croire que Woody est esclave du hasard ? Certes il a tant irrité Hollywood avec son cinéma qui ne fait plus suffisamment gling gling dans les tiroirs-caisses qu'il lui faut, c'est vrai, trouver des mécènes ailleurs. Pour autant, son Vicky Cristina Barcelona ressemble tellement à un petit chef-d'oeuvre de comédie préméditée qu'on a du mal à croire que Woody subit, mendie ses financements dont on ne lui ferait plus l'aumône qu'à la condition qu'il emmène la belle et très « bankable » Scarlett Johansson dans ses bagages.

Magistrale Penelope!

Certes, la demoiselle Johansson, comme dans Match Point, est encore à l'affiche de Vicky Cristina Bracelona.

Elle est Cristina, jeune new-yorkaise délurée, chroniquement insatisfaite, qui décide d'aller passer l'été à Barcelone avec Vicky (Rebecca Hall), son anti-thèse de meilleure copine. Du coup, l'histoire de ce nouveau Woody Allen a d'abord un air de « A nous les petites new-yorkaises ». Dans un bar à tapas, les deux demoiselles tombent sur Javier Bardem - alias Juan Antonio -, l'artiste jouisseur-tombeur si « sexy » mais tellement torturé par sa séparation d'avec sa femme, Penelope Cruz, alias Maria Elena. Une affaire qui roule.

Mais c'est quand le vaudeville vire à la version burlesque de Liaison Fatale que la comédie devient totalement jubilatoire. Bombe latine hystéro, terroriste de l'anti-monogamie, Penelope Cruz resurgit dans la nouvelle vie du pauvre Javier Bardem - un oeil de chien battu, l'autre de sex addict - sans prendre ombrage que son ex vive désormais une histoire d'amour avec Scarlett Johansson. La vie n'est alors plus qu'un long fleuve hilarant de scènes... de ménage à trois dont Penelope Cruz est le phare.

Magistrale. Drôle à mourir. Sensuelle à rendre fade la nouvelle Marilyn. Penelope mériterait une Palme. Et Woody Allen une prompte réhabilitation au box-office. Il le sent. Fait mine de ne pas l'entendre : « Je suis un peu dur d'oreille ». S'escrime même à excuser le lapin de Scarlett, comme si l'on avait fini par le persuader qu'il n'était plus rien sans elle... Alors que sur la Croisette, le plus beau couple du Festival, c'est lui et Penelope Cruz. Et finalement, ça tombe bien : « Le ménage à trois est un fantasme trop cher pour moi. J'ai déjà suffisamment de mal à deux pour ne pas prendre ce risque-là ! »

Jean-françois Roubaud
Nice-Matin

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