Organisée à l'initiative des Niçois de la BSN, la manifestation des Ultras a voulu donner des supporters les plus engagés du foot français une image moins noire que celle véhiculée dans l'opinion publique. : Photo Richard Ray Match gagné pour les « Ultras » niçois qui ont réuni dans les rues de Nice un millier de supporters, d'ici et d'ailleurs - il y avait même des Marseillais, des Suisses et des Italiens - pour redorer un blason terni par des exactions d'excités et défendre des droits qu'ils jugent bafoués.
Seule la Ligue Professionnelle de Football a dû avoir les oreilles qui sifflent et mal aux fesses, cible privilégiée des Ultras sans frontières, dénonçant autant la répression que le « foot busine$ » dont la LFP serait le vecteur principal.
Le sujet est sérieux, au moins pour deux raisons : tout d'abord parce que le foot, version public, est le reflet de la société dont il est devenu un phénomène à part entière ; ensuite parce que le foot, version spectacle, génère des milliards d'euros.
Les deux sont-ils compatibles ? Non, à lire les banderoles flottant au-dessus d'un cortège pas exclusivement jeune, pas exclusivement masculin, pas exclusivement peuplé d'assoiffés de « bastons »...
Alors, au milieu d'une avenue Jean-Médecin noyée sous un déluge de fumées plaquées au sol par un crachin d'Angleterre, ils ont hurlé sans fioriture de langage contre la répression - « Un Ultra est toujours plus lourdement condamné qu'un autre fauteur de trouble ! » - contre les interdictions de stade, contre l'interdiction des fumigènes « objets festifs » dans les stades...
Et ils ont hurlé tout aussi fort contre cette Ligue qui tuerait le « foot populaire », contre la « dictature des télés », contre la « manipulation médiatique »...
Hier s'il pouvait faire craindre le pire aux commerçants et passants du samedi après-midi, le cortège ne déborda pas des rails que lui avaient tracés les organisateurs niçois de la BSN et de l'ARN, prouvant que l'on peut se côtoyer sans se battre forcément.
Et quand la foule a lancé le cri de ralliement des supporters - Qui ne saute pas n'est pas Niçois - on s'est pris à rêver que l'OGCN venait de décrocher un titre !
Est-ce pour autant le reflet de l'exacte réalité ?
Tous les Ultras ne sont pas sages comme des images Panini, mais tous les Ultras ne sont pas porteurs des gènes du racisme et de la violence aveugle. En ce sens les Niçois ont gagné leur pari et leur démonstration était nécessaire...
Mais on ne peut pas pour autant laisser sur la touche de vrais problèmes qui ne sont pas réglés - bagarres, racisme, alcool - mais qui ne sont pas spécifiques au monde du foot. Et montrer du doigt les seuls Ultras serait une grave erreur.
Dans la foulée de leurs revendications, les Niçois de la BSN, et leurs homologues des autres clubs, veulent de vrais interlocuteurs à partir du moment où il est évident qu'ils sont incontournables.
La télévision s'est saisie du jeu football pour créer un monstre d'audience et d'argent. Personne n'a intérêt à le laisser en liberté ou à le tenir éloigné des masses populaires qui le nourrissent.
« On veut discuter et être pris en considération » affirment les Ultras qui reconnaissent qu'à Nice, autant auprès du Club - et de son responsable de la sécurité - qu'à la ville (où ils ont été reçus par le maire Christian Estrosi), les portes ne sont pas fermées. Reste à convaincre à un autre niveau. Hier c'était peut-être le premier palier, car, ainsi que l'affirment les Olympiens, il faut savoir que la « passion ne se dissout pas ».